Traité d’érotisme vestimentaire masculin #7

J’aime regarder les hommes qui marchent dans l’aéroport.

En 2015 et 2017, j’ai réalisé deux contrats à l’aéroport de Nantes et j’ai, en contrebande, écrit sur mon temps de travail. Et bien sûr, dans ces écrits, quelques textes consacrés aux vêtements masculins.

17 août 2015 Vue d’aéroport #65


Le débardeur. Le débardeur masculin. Mais pas n’importe quel marcel venu. Celui-ci est large, échancré devant, derrière et sous les bras. Il est porté par des hommes jeunes (environ vingt ans) et beaux. La question ici n’est pas de mouler les formes, de révéler une musculature par le contact étroit du tissu. Ce qui importe au contraire, c’est le dévoilement, le laisser-voir. Le jeu entre les zones couvertes et les surfaces de peau apparentes (et au-dessous, le support osseux : clavicules, omoplates, côtes).Tout comme Salomé au moment d’enlever son dernier voile, le jeune homme au débardeur laisse entrapercevoir au regardeur le possible d’une nudité. Rempart fragile, à peine revêtu déjà prêt à être ôté, il est le pendant masculin de la petite robe estivale.

30 août 2015. Vue d’aéroport #67

On trouve deux catégories d’homme-fleur : les porteurs de chemis(ett)es fleuries et ceux de T-shirt à fleurs. Les premiers sont le plus souvent des convertis de longue date quand les seconds assument leur être-fleur seulement depuis la collection prêt-à-porter printemps-été 2015. L’arrivée du T-shirt à fleur s’inscrit dans une dynamique plus large, celle des imprimés “nature”. Non pas une nature carnassière (aigle, loup, tigre, lion) mais une nature végétale, luxuriante dont les oiseaux sont les seuls habitants. Une nature rassurante, une nature douce, une nature amie.L’homme-fleur interpelle, objet de contemplation, délaissant gesticulations et construction de pyramides, il incarne la beauté et la fragilité de la vie, à peine éclose, déjà fanée.

“Comme on voit sur la branche au mois de may la rose,
En sa belle jeunesse, en sa premiere fleur,
Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,
Quand l’Aube de ses pleurs au poinct du jour l’arrose;

La grace dans sa feuille, et l’amour se repose,
Embasmant les jardins et les arbres d’odeur ;
Mais batue ou de pluye, ou d’excessive ardeur,
Languissante elle meurt, fueille à fueille déclose.

Ainsi en ta premiere et jeune nouveauté,
Quand la Terre et le Ciel honoraient ta beauté,
La Parque t’a tuee, et cendre tu reposes.

Pour obseques reçoy mes larmes et mes pleurs,
Ce vase pleine de laict, ce panier plein de fleurs,
Afin que vif et mort ton corps ne soit que roses

Ronsard, Les Amours

27 août 2017 Venus as a boy

Un air à la 50 cent. Belle casquette noire, patch discret FC Barcelone. Autour du cou, un collier court, multichaines fines, or. T-shirt noir avec des effets d’usure, au poignet une montre avec un grand cadran carré entouré d’or, au doigt des bagues, or. Aime l’homme ornemental.

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