Traité d’érotisme vestimentaire masculin #5

Le slip de combat

Mater des hommes en slip n’est pas chose aisée.

Notre seule chance d’en voir est d’aller à la piscine, de regarder des compétitions de natation ou des vieux clips de Guns & Roses (si l’on fait entrer dans la catégorie « slip » le boxer d’Axl Rose).

Heureusement le catch de la WWE est arrivé à la TV sur W9 et notre goût pour l’homme en petite tenue a enfin pu être comblé. Pendant quelques années, jusqu’à la disparition de la télévision de notre salon, j’ai regardé des hommes en petite tenue faisant semblant de se battre, et j’ai aimé ça.

J’ai pu, les samedi soirs vers 22h00 mater de nombreux corps d’hommes à moitié déshabillés. Des corps gros, musclés, grands, petits, beaux, monstrueux, des corps de toutes les carnations (je me souviens d’un catcheur à la peau aussi laiteuse que celle de Blanche-Neige), des corps costumés de combinaison de lutte, de bermuda en jean/ torse nu, de pantalon /débardeurs blancs, de masque de catch mexicains… et de slip donc, l’ornementation se poursuivant parfois en tatouages sur la peau nue.

Affiche de promotion de la WWE

Et ces hommes ne sont pas seulement à moitié nus, ils bougent aussi. Le catch est une danse (violente, certes), une chorégraphie où tout est précisément orchestré. Ce travail préalable permet d’atteindre la perfection du spectacle. Jamais de déception, toujours il y aura cette suite de tensions, surprises, suspens, retournements de situations insensées. Tout est écrit et les hurlements des commentateurs survoltés redoublent encore les enjeux des combats.

A chaque corps son mouvement, sa façon de combattre, les gros utilisent leur force et leur masse, les aériens prennent appui sur les cordes du ring et s’envolent pour s’abattre sur l’adversaire, les lutteurs le ramènent au sol pour l’immobiliser de leurs jambes et de leurs bras. Chaque combat est une rencontre entre deux types de corps et de techniques, tout comme chez les gladiateurs, c’est le choc de la différence qui est recherché (secutor contre rétiaire) et voir le « petit » Rey Mysterio s’enrouler autour d’un corps immense pour finir par le faire basculer au sol est particulièrement réjouissant.

Et puis, il y a Randy Orton et son slip. Son corps absolument majoritaire (jeune, mince, blanc) exposé dans sa puissance musculaire avec la surface de la peau du torse et des jambes à la fois lisse et luisante (épilation et huile sont passées par là), contrastant avec le mat des bras entièrement noircis de tatouages et ce slip noir orné de volutes blanches, si simple à ôter en pensée. D’abord heel (méchant) avec son gang de blonds fascistes La Legacy, il s’humanise peu à peu pour devenir face (gentil) du show. Pourtant même face, Randy Orton n’est pas sympathique, il reste toujours the Viper.

Mais Randy n’est pas seulement une plastique ou un personnage d’arc narratif. Mon émotion à sa vue est surtout lié au mouvement et particulièrement à ce combat de 2010 avec Evan Bourne où après un corps à corps long et éprouvant, Randy est allongé au sol à bout de force. L’affaire est pliée, on attend plus que la prise de finition d’Evan Bourne. Bientôt, il immobilisera les épaules de Randy au sol et la foule hurlera avec l’arbitre « 1, 2, 3 !» et s’en sera fini. Evan Bourne monte sur la troisième corde au coin du ring, son sourire est éclatant, il s’élance pour réaliser son Air Bourne, le salto arrière est exécuté, parfait, mais 50 cm avant l’impact, Randy se rassoit, prend appui sur ses jambes, ses bras et s’élance vers l’arrière, attrape le cou d’Evan Bourne par en-dessous et le ramène brusquement au sol, le laissant complètement sonné, amorphe. Randy se lève, reste quelques secondes immobile, le regard fermé, avant de se rendre à l’autre bout du ring et de monter sur la troisième corde comme son adversaire l’avait fait quelques minutes plus tôt pour saluer son public et accueillir son triomphe (vidéo, ici).

Là, deux plaisirs se superposent, celui au premier degré de la spectatrice du combat, qui est passée par tant d’émotions et qui est sonnée par le retournement de situation. Contre toute attente, Evan Bourne a perdu, Randy Orton a gagné. Et puis, il y a le plaisir esthétique de la spectatrice du spectacle, qui apprécie le numéro d’acrobatie incroyable réalisé par les deux athlètes, ensemble, et qui imagine les heures d’entraînement afin de parvenir à réaliser un tel mouvement en sécurité. Plaisirs de la fiction et du prestige mêlés.

Tout était là, la souffrance, le renoncement, l’envol, le suspens, la surprise, la souffrance encore, le triomphe, la joie, la danse… et le slip.

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